Ligam | Tribune libre : Français langue morte
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Tribune libre : Français langue morte

Tribune libre : Français langue morte

Que penser de la délectation avec laquelle nous contribuons chaque jour à ensevelir notre langue ? Elle, longtemps louée dans le monde pour sa capacité à produire une pensée claire et précise.

Pourquoi une part grandissante, voire majoritaire, de nos décideurs économiques, dirigeants politiques, journalistes, personnalités publiques, enseignants et penseurs, n’a de cesse que de se ruer vers le tout nouvel anglicisme fraîchement importé ?

Que nous empruntions aux langues étrangères un concept ou un terme absent de notre langue, cela est essentiel et témoigne d’une langue vivante, ouverte. Mais que nous recourions à une langue étrangère non seulement pour nommer toute forme de nouveauté, mais aussi pour se substituer jusqu’à nos termes les plus usuels, nos « mots de la tribu »… De quoi cela est-il le syndrome ? Quel est le sens de cette maladie auto immune que nous développons dans une inconscience béate, un sourire de connivence aux lèvres ?

S’agit-il de panurgisme et de snobisme ? La peur de ne pouvoir exhiber à tout moment que nous faisons bien partie de la masse mondialisée maîtrisant (souvent mal) le globish et maltraitant (souvent bien) sa langue natale ? Un peuple ayant généré Molière et ses Précieuses ridicules, un peuple ayant déclenché une révolution et promulgué une déclaration universelle des droits humains, saurait-il tomber dans un tel travers ?

S’agit-il de l’absence de conscience que les mots sont vecteurs de communication et porteurs d’une vision du monde et de notre place dans celui-ci ? Un peuple ayant vu surgir Arthur Rimbaud, Marguerite Yourcenar, François Rabelais ou René Char, aurait-il oublié la portée du langage ?

S’agit-il de bêtise ? Que Jacques Brel évoquait en ces termes : « La bêtise c’est avant tout de la paresse. Une graisse qui enveloppe le cœur. Une graisse qui enveloppe l’esprit ».

S’agit-il d’une abdication de notre volonté, syndrome d’un esprit veule et fuyant – munichois, aurait-on dit en d’autres temps ? Auquel cas, individuellement et collectivement, nous avons le pouvoir de refuser notre servitude volontaire, en répondant à l’invite d’Étienne de la Boétie : « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres ».

PS : comment appelle-t-on un laquais en anglais ? a valet

Laurent Campagnolle, fondateur de Ligam Conseil

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